07 décembre 2007

Trois remèdes pour sauver le Parti Socialiste" par Arnaud Montebourg

6 décembre

Inutile de nous mentir : nos militants nous quittent, quand ce ne sont pas nos élus ou nos dirigeants ; la crédibilité et l’autorité de la direction est effondrée ; sur tous les sujets, des positions contradictoires apparaissent entre une multitude de locuteurs, lorsqu’elles ne changent pas d’une semaine sur l’autre.

Quand on questionne un électeur du Parti socialiste, il répond souvent qu’il va voter socialiste la mort dans l’âme parce qu’il ne peut pas faire autrement, mais ils semblent de moins en moins nombreux à vouloir faire cet effort.

Quand on questionne n’importe quel dirigeant socialiste sur cette multifracturation du corps du Parti socialiste, il répond qu’il veut bien travailler avec d’autres, à condition qu’il n’y ait ni untel ni untel, c’est-à-dire souvent tous les autres... Que faire pour sauver le Parti socialiste et avec lui, offrir au pays une alternative politique sérieuse au sarkozysme ?

Premier remède : nous débarrasser du virus de la présidentielle qui détruit le parti.

Pour éviter que le PS soit pris en otage par les légitimes ambitions des présidentiables, il faut organiser la sélection du candidat socialiste dans des primaires à l’italienne, avec le peuple de gauche, à l’extérieur du parti selon un calendrier et des règles, dont le parti sera le garant.

Dans une telle configuration, nous devrions ainsi faire l’économie de nouvelles batailles rangées pour la conquête du parti entre les futures écuries, dont les positions seront artificiellement opposées pour les besoins de leur combat.

Une telle résolution nous évitera une interminable primaire pendant quatre ans, funeste guerre intérieure, match épuisant que nous avons connu dans le parti entre 2002 et 2007 qui empêcha toute émergence d’orientation nouvelle, et consomma le peu d’énergie rénovatrice qui restait aux militants.

Dans ce cadre épuré, le Parti socialiste pourra remettre en état de marche ses fonctions vitales aujourd’hui sinistrées : fabrication des idées, écoute de la société, rassemblement des forces et des citoyens autour de son projet et... opposition constructive et percutante !

Deuxième remède : restaurer l’autorité de la direction et du futur Premier secrétaire.

Ce dernier, garant de la réussite de la primaire à l’égard de toute la gauche, devra accepter l’incompatibilité déontologique avec le statut de candidat à la primaire, disposant ainsi d’une autorité restaurée et incontestée sur le processus de rassemblement de toute la gauche.

On comprend dans une telle configuration pourquoi le passage au système de représentation majoritaire dans le Parti socialiste au détriment de la proportionnelle qui permet l’expression des différences, serait inutile et dangereux, car il empêcherait à la fois le rassemblement des socialistes et l’élargissement du Parti socialiste à un grand parti de toutes les gauches, agrégeant les forces situées sur sa droite et sur sa gauche. Ceux qui proposent de passer au système majoritaire pour être prétendument en phase avec la Vème République prennent le risque grave de faire éclater le Parti socialiste en le sectarisant dans le champ politique des gauches.

Troisième remède : organiser notre mutation dans le dépassement de nos anciens désaccords.

La stigmatisation réciproque des socialistes par d’autres socialistes est aussi creuse que néfaste. On se qualifie réciproquement d’archaïque ou de social-libéral dans des procès qui n’ont plus de sens, car la société dans son évolution rapide a périmé la pertinence de ce genre d’empoignades.

L’éloignement du Parti socialiste à l’égard des perdants de la mondialisation, qui subissent l’insoutenable pression libérale sur les revenus de leur travail et perdent tout espoir dans l’avenir, est une constante de tous les partis du centre gauche au sein de l’Union européenne.

La montée dans tous les pays européens d’un scepticisme à l’égard de la réussite économique de l’intégration Européenne, l’incapacité des gauches européennes à assumer une révolution intellectuelle sur la nature et la portée des protections que couches populaires et classes moyennes attendent d’elles, l’absence de pensée et de stratégie sur la question identitaire de la Nation, ou sur le difficile problème de l’immigration, dessinent la nécessité d’un nouveau projet. Le directeur de la Fondation Ebert du SPD, Ernst Hillebrand, pose lui-même dans ces termes ce qu’il appelle "l’incontournable réorientation de la gauche européenne" en constatant que "les projets de réformisme technocratique -style "troisième voie" ou "nouveau centre"- ne sont plus capables de mobiliser suffisamment d’électeurs."

Ce nouveau projet sera le déclencheur d’une recomposition importante dans la Gauche française, et en son cœur, le Parti socialiste, rangeant dans les placards du passé les clivages éculés, entre la première et deuxième gauche (Congrès de Metz et Rennes) ou épuisants, entre le oui et le non (Congrès de Dijon et du Mans).

Les échecs électoraux nous obligent, pour gagner, à réviser réciproquement de nombreuses positions pour faire travailler ensemble la gauche et la droite d’une même gauche.

Ainsi en est-il par exemple de la révolution écologique qui se prépare, elle réconciliera les protectionnistes et les croyants internationalistes du libre-échange dans l’exigence d’une puissante régulation environnementale de la mondialisation, qui sera certainement le premier retournement sérieux depuis le début du mouvement de dérégulation initié dans les années 80 par Margaret Thatcher et Ronald Reagan.

Cette nouvelle gauche française d’esprit européen aura à imaginer les nouvelles règles du jeu que les Etats ont renoncé à imposer à l’économie, et que les droites néolibérales européennes, tout à leur dogmatisme, seront incapables de proposer. Elle réconciliera également les conservateurs de l’Etat Providence avec les modernisateurs en dégageant une nouvelle donne économique et financière pour organiser son sauvetage là où les droites en assurent le démantèlement méthodique.

Cette audace intellectuelle et politique est le seul chemin possible vers l’alternance. Il supposera de grands sacrifices pour chacun d’entre nous, car chaque socialiste que nous sommes, sera conduit à aller vers autrui, avec qui il a pris l’habitude de ne plus s’entendre.

Mais j’ai l’intime conviction qu’ils sont la voie du salut commun.

Arnaud MONTEBOURG

Député socialiste de Saône et Loire

Tribune publiée dans Libération du jeudi 6 décembre 2007

Posté par alebac à 00:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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